Publié le 03/11/2008 à 12:00 par inhypokhagnewetrust
HYPOKHAGNE ANNEE 2008/2009
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Publié le 03/11/2008 à 12:00 par inhypokhagnewetrust
Samedi 30 Août 2008
Déménagement coriace mes amis. Quatre étages sans ascenseur et des tas, et des tas de cartons. Ça n’en finissait plus, les fringues, les bouquins, c’est imposant tout ce foutoir. Puis, il a fallut trouer les murs, monter les meubles. C’est très fiers que nous avons achever de monter mon si petit bureau qui nous a pris tellement de temps. Mon père et ma mère à la tâche, clouant les planches du clic clac entre elle, c’était un peu le T2 de Bob le Bricoleur. Et ce serait certainement la dernière fois en un ou deux ans que je tiendrai une boîte à outil dans mes mains. Je sais à peine me servir d’un marteau quant à la perceuse je me vois bien creuser un tunnel jusque chez mes nouveaux voisins (ceci dit sûrement ravis de me rencontrer, mais peut être davantage si je faisais ma première intrusion par la porte d’entrée).
Ne pensez pas que je milite en faveur du concept des hommes au bricolage, des femmes à la cuisine. Je ne sais pas non plus cuisiner. Une fois le mobilier sur pied nous sommes allés nous rassasier et puis, les au revoirs, les embrassades, les « A Bientôt » au petit frère et aux parents.
Ah la grande vie. L’autonomie. Autonomie ? Niet. En prépa, ils rémunèrent en neurones, monnaie qui ne vaut plus grand chose, et ce encore moins à Monoprix. Mes parents me subventionnent, dans l’espoir qu’un jour on paye mes idées. Employer le mot « autonomie » quand mes petits pois ont le goût du chèque que mes parents ont laissé en partant est peut être mal choisi. M’enfin. Ils ne sont plus là, juste à côté, Ils sont dans mon cœur et mon compte en banque, alors forcément, on se sent quand même (un peu) grands.
Publié le 03/11/2008 à 12:00 par inhypokhagnewetrust
Lundi 1er Septembre 2008
Veille de la rentrée. Dois je vous faire part de la joie qui me submerge ? J’ai envie de m’y rendre comme envie de me pendre.
Jeanne, ma colocataire/meilleure amie et moi même rentrons toutes deux en Hypokhâgne. C’est joli n’est-ce pas, comme nom ? Et croyez moi je fus ô combien contente de décorer la paperasse de cette appellation, non seulement parce que j’ai l’impression d’être intelligente, mais également parce que de savoir l’orthographier correctement vous donne la sensation d’accéder à un pouvoir que peu du commun des mortels possède… Pouvoir dont l’efficacité semble s’effacer dès réception des listes des lectures estivales obligatoires.
En cette veille de rentrée, que de doutes m’obsèdent. Comment m’habiller demain ? Quelqu’un aura-t-il vraiment lu Critique de la raison pure ? Et si oui aura-t-il saisit quoi que ce soit ne serait-ce qu’à la préface ? Vais je me distinguer par mon absence d’acné ? Dois je revêtir une cagoule pour pallier à ce manque et pouvoir m’intégrer ?
Mais n’écoutant que mon courage, je me couche sans apporter de réponses à mes interrogations si existentielles soient elles.
Publié le 28/12/2008 à 12:00 par inhypokhagnewetrust
Mardi 2 Septembre 2008
Je suis vivante. C’est le constat qui prime le plus au jour d’aujourd’hui. Vivante et croyez le ou non mais… Pas une égratignure, pas une blessure. Si vous étiez prêts à tout avaler je vous dirais même qu’ils ont l’air gentil, mais je comprends, tout ça d’un coup, c’est un peu dur à digérer, j’en reste moi même sur mes gardes.
En vain j’ai cherché un type méchant qui me sommerait de retourner d’où je viens avec ma mention seulement bien. Rien. Ils sont tous effrayés et souriant, d’où la raison de ma méfiance, où sont les détracteurs, ceux qui sont sensés arracher les pages intéressantes de mes bouquins ? Aucun n’a le profil, m’aurait on menti ? Je n’abandonne pas mes recherches, on n’a pu me leurrer à ce point.
Quant aux professeurs, ma foi, rien de bien cruel non plus concernant ceux qui se sont présentés à nous, ils sont même plutôt accueillant, rassurant. Est-ce une apparence pour mieux creuser la plaie les jours suivant ? Est-ce la première étape d’une stratégie bien étudiée ?
Le cours d’histoire cependant, fut d’une rapidité sans égale, même à Lakanal où je finissais les doigts engourdis, j’arrivais au moins à noter quelques bribes de phrases. Celles que j’ai réussi à noter ici n’ont ni verbe, ni sujet, ni complément. Que faire avec des morceaux bisyllabiques (tout au mieux) tels que « Russie », « Lénine », « URSS », « 1917 », j’ai bien essayé de reconstituer une phrase mais je dois avouer que « Lénine vécut en Russie parfois appelée URSS, pas en 1917 mais ça, ça fait rien. » manque quelque peu de cohérence.
Quant à notre prof de français enceinte, désireuse de nous connaître avant d’arriver, nous a commandé un poème à chacun pour demain même.
Publié le 28/12/2008 à 12:00 par inhypokhagnewetrust
Mercredi 3 Septembre 2008
Le poème c’était pour le bizutage. Les khâgneux sont entrés très fiers de leur plaisanterie, ramasser nos œuvres en souriant, laissant derrière eux quarante huit visages effarés… On devait les retrouver dans l’après midi pour parler de « choses plus sérieuses ». L’après midi venant, présents au rendez vous, l’un de nos tortionnaires s’est levé et a demandé qui donc étaient Kim et Ronan. J’ai levé la main sans trop savoir si c’était chose à faire, et sans trop savoir surtout ce qu’ils allaient faire de moi –et de ma carcasse après m’avoir dépecée. Je me suis avancée d’un pas peu tranquille vers le bureau, j’avais mes bottes Walker Texas Ranger ce jour là, je faisais autant de bruit qu’une horde de trolls. Là, ils m’ont fait lire mon poème devant l’auditoire de quarante personnes, je me suis exécutée, craignant quelque représailles. Mon médiocre poème m’a forgé une réputation, il faut l’avouer.
[i]Le 30 Mars à minuit, ma vie était finie, j’ai cessé d’être en bouclant mon dossier
J’aurais pu faire fac comme tout l’monde, j’ai préféré une hypokhâgne
Adieu surfers, champagne et Beigbeder, Bonjour Flaubert, boutons et cols roulés
Est-ce le fruit du hasard si cette appellation étrange trouve son écho dans « bagne » ?
L’élite de la nation a le total look plouc on ne peut tout avoir et ce qu’ils ont ils l’ont dans le
Citron
Qui sont ces spécimen qui préfèrent « il m’est impossible » à « non moi j’peux pas » ?
O êtres mystérieux qui m’amènent à me demander comment en suis je arrivée là
Le prof d’histoire papote Marxisme, moi c’que j’connais des Russes c’est la roulette et la
Vodka, à chacun ses passions
Notez qu’il y en a qui aiment ça m’enfin même Sartre en a fait une Nausée
Dieu soit loué quand mes aphorismes seront publiés chez Pléiade, tout ça ne sera qu’rigolade
Si déjà Mardi à Minuit je commence à faire de l’esprit, pire, à composer un poème
Je n’ai qu’à boire pour oublier, (remarquez y en a que l’absinthe a rendu génie)
Histoire que par bonté, par altruisme, je n’coûte pas cher en chrysanthèmes.[/i]
« Les deux meilleurs » selon un khâgneux, « c’est pour ça qu’ils vous les ont lus ». Si j’avais su, j’aurais revêtu un accoutrement adaptée, histoire de ressembler à quelque chose.
C’est le sang perçant la blancheur de mes joues que je suis retournée à ma place. Ils nous ont finalement annoncé que le cours d’histoire était en fait un bizutage, que de soupirs de soulagement parmi les hypokhâgneux…
Publié le 28/12/2008 à 12:00 par inhypokhagnewetrust
Jeudi 4 Septembre 2008
Ils nous avaient mis en garde. Le prof de philosophie. « Vous verrez, il fait un peu peur au début mais en fait il est gentil ». Mr D. n’est pas effrayant mais disons… Imposant. Il a la tête de l’emploi, vraiment le profil type pour enseigner la philo. Une coupe d’intellectuel un peu bobo, des petites lunettes, et l’air complètement déprimé, peut être de ne jamais avoir vraiment trouvé, lui non plus, ce que c’est que « La Vérité ». A Marine il a répondu que sa question ne l’intéressait pas, à Jean-Philippe que c’était « un bon début, bref passons à autre chose ». Je suis certaine qu’il a un bon fond. Je touche moi même bientôt le fond, quelle coïncidence.
Publié le 28/12/2008 à 12:00 par inhypokhagnewetrust
Jeudi au soir :
Me voilà rentrée d’une soirée riche en émotion. Tandis que nous sortions innocemment du cours d’Histoire des Arts, les khâgneux nous ont disposés en cercle, peint le visage à la gouache, enroulé nos grosses têtes de gens un peu intelligents dans des rubans roses, verts et bleus, un sac poubelle bleu en guise de tee shirt. En cercle autour de nos gourous, je me sentais l’âme d’un sectaire, d’une Madonna ou d’un Tom Cruise que la scientologie eut enrôlé. C’est donc déguisés en indiens que nous avons dû, sous l’ordre de nos chefs, attaquer le petit train touristique, poussant des « bouhouhouhou » apaches à tout va, il fallait voir les mines déconfites des touristes effrayés de ces sauvages qui envahissaient sans scrupule leur carrosse.
Après quelques minutes nous sommes redescendus (en sautant, to be John Wayne or not to be), recevant les consignes du deuxième exercice, à savoir parcourir tout Toulouse en récitant nos poèmes aux passants contre rétribution, et ce scotchés solidement deux par deux. Je fus scotchée avec Fabien, et s’ensuivit un rallye de longue haleine, une suite interminable de refus polies, d’autres moins, et Dieu soit loué, quelques rencontres fructueuses. Rassemblement place Saint Sernin, nous nous défaisons de nos camarades, et les khâgneux préparent quarante huit assiettes de mousse à raser devant nos regards inquiets. « Non c’est pour jeter sur les autres », voilà qui est un peu plus convenable.
Placés à un angle stratégique nous traquons l’arrivée des LSHA et C. Et quel carnage mes amis, la place fut prise d’Assaut, et quel spectacle mes aïeux, une armée de jeunes furibonds, une véritable mêlée dans la ville accueil de ce sport de brutes. On pouvait voir se dessiner de jets de mousse volant de toute part, des éclats de peinture, un feu d’artifice de jaunes d’œufs. Ah dieu quelle décadence, y a-t-il réellement de futurs normalien dans ce tas de guerriers qu’à voir hurler et s’agiter on pourrait croire peu doués de pensée ?
La soirée s’est terminée sur les bords de la Garonne à trois heures du matin et des litres d’alcool dans le sang (aux trois classes réunies nous avons ramené environ mille euros, tous plus ou moins dépensés en bouteilles, afin qu’il y en eusse pour tous les goûts). Messieurs dames méfiez vous, on vous leurre sur les prépas, préservez vos enfants de ce lieu malfamé où semble se nicher le diable. Hypokhâgne c’est le G7 des pêchés capitaux.
Publié le 28/12/2008 à 12:00 par inhypokhagnewetrust
CHAPITRE II - LA PREPA C'EST MON DADA
Vendredi 5 Septembre 2008
Dissertez sur : « Etre ou ne pas être, pourquoi est-ce la question ? » Ah ça.
Hormis ces réjouissances, le prof de philo a passé le plus gros des deux heures à nous dépeindre internet comme « l’O.D.D. ». Naïve comme je sais parfois l’être aux grandes occasions, je pensais que c’était un sigle répertorié, comme l’OTAN, tout l’monde en parle, personne ne peut accorder le mot qui va à chaque lettre.
Non. « L’O.D.D. jeunes gens ignorants, c’est l’Océan De Déchets ». Soit. Un jour Larousse introduira Mr D. dans ces grands hommes qui ont construit le pays, un jour.
Publié le 28/12/2008 à 12:00 par inhypokhagnewetrust
Lundi 8 Septembre 2008
Je change toutes mes options, soyons fous. Je troque histoire des arts contre cartographie et Espagnol renforcé, j’échange mes heures de Latin contre autant de Grec ancien.
Je me découvre des passions incongrues, vraiment, la géographie, je veux dire, j’ai longtemps été persuadé qu’il fallut ramer pour atteindre la Belgique de la France, et situais les Landes un poil au dessus des Pyrénées. La Belgique, je sais maintenant, il a bien fallut qu’un jour mes illusions soient jetées au néant. Ceci dit, les Landes font toujours le fruit d’une des grandes énigmes qui animent et pimentent mon existence.
Je crois que j’ai un peu chamboulé la CPE qui a viré d’un teint peu commun à la lecture de ma lettre de demande de changements. Il m’a fallut la signature de tous les professeurs concernée, ma lettre ressemble à une pétition de bon français qui se respecte, une pétition pour toutes les causes.
Publié le 29/12/2008 à 12:00 par inhypokhagnewetrust
Mardi 9 Septembre 2008
Moi le premier cours d’histoire, un bizutage, je veux bien, mais le vrai ne s’en éloigne finalement pas tellement. D’autant plus que je croyais que « Les Révolutions Russes » faisaient parti de la blague. Que nenni, Staline, Lénine, et autres moustachus rougeâtres orneront vraiment nos copies cette année.